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Maria Chiara Gnocchi :: La revue
Europe & les « Prosateurs Français Contemporains
» de Rieder (1923-1938) : statistiques et commentaires
Entre 1923 et 1938, la revue Europe est publiée
par les éditions Rieder. Fondées à Paris en 1913
par Frédéric Rieder, qui rachète le catalogue de
la librairie Édouard Cornély, les éditions Rieder
prennent leur véritable essor après la Première Guerre
mondiale, avant d’être absorbées, en 1939, par les
Presses Universitaires de France. Bien que le nom de Frédéric
Rieder reste toujours lié à la maison d’édition,
Albert Crémieux (1885-1954), ancien employé de Cornély,
en est le véritable responsable et directeur, du moins jusqu’en
1932 . Dès 1913, Crémieux envisage d’ouvrir son catalogue
à la littérature (les livres d’histoire étaient
la spécialité de Cornély) ; cette innovation se révèle
bientôt être une grande intuition : les collections «
Prosateurs Français Contemporains », dirigée par Jean-Richard
Bloch (bientôt directeur littéraire général
de la maison), et « Prosateurs Étrangers Modernes »,
dirigée par Léon Bazalgette, deviennent très célèbres
dans la France de l’entre-deux-guerres . Par ailleurs, le succès
de l’éditeur ne fait que croître suite au lancement
de la revue Europe, en 1923.
L’histoire de la naissance d’Europe est aujourd’hui
bien connue. Si à Romain Rolland revient le rôle de guide
spirituel, de « chef de chœur » de l’aventure,
Albert Crémieux, Jean-Richard Bloch, Léon Bazalgette, René
Arcos et Paul Colin, supportés entre autres par Georges Duhamel,
Luc Durtain, Charles Vildrac et Georges Chennevière, s’appliquent
à transformer son vœu d’une nouvelle revue pacifiste
et internationaliste dans une réalité factuelle. À
la recherche d’un financement pour le lancement du périodique,
Paul Colin et René Arcos, ses premiers rédacteurs en chef,
finissent par se tourner vers les éditions Rieder, auxquelles tous
les intellectuels cités sont directement ou indirectement liés.
D’une part, on ne peut affirmer qu’Europe soit une émanation
« naturelle » des éditions Rieder : plusieurs critiques
ont au contraire insisté sur le fait que la maison accepte, plutôt,
de la publier . D’autre part, si Arcos, Colin, et même Rolland
revendiquent le projet de la revue comme une idée propre , cela
vaut pour Crémieux aussi : dans son tapuscrit presque entièrement
inédit Histoire de la fondation et des débuts de la revue
Europe, il évoque « cette nuit de fin novembre où,
seul, [il a] décidé la naissance d’Europe »
. Quant au titre, il a été proposé par Arcos, en
accord avec Bazalgette . Le « mariage » entre la revue et
la maison d’édition est soudé, dès le début,
par la direction commune d’Albert Crémieux (il est nommé
directeur d’Europe en janvier 1924) , et par la constitution d’un
« comité de contrôle », chargé de surveiller
la ligne de la revue : il est composé de six membres, trois désignés
par les rédacteurs en chef Paul Colin et René Arcos (Georges
Duhamel, Charles Vildrac et Luc Durtain), et trois par la maison d’édition
(les membres du noyau initial : Crémieux, Bloch et Bazalgette).
Cela saute aux yeux : les directeurs et animateurs des éditions
coïncident pour la plupart, du moins au début, avec les responsables
de la revue. Dès avant le lancement d’Europe, ses futurs
rédacteurs en chef René Arcos publient chez Rieder et collaborent
activement avec Bloch et Bazalgette, directeurs des collections littéraires
. Bazalgette lui-même est rédacteur en chef d’Europe
entre 1925 et 1928 et, à sa mort, Dominique Braga le remplace en
tant que directeur des « Prosateurs Étrangers Modernes »
et rédacteur en chef de la revue. En janvier 1927, Crémieux
fait nommer Jacques Robertfrance, déjà secrétaire
général de Rieder, secrétaire de rédaction
d’Europe, aux côtés de Jean Prévost. Suite à
la mort de Robertfrance, en 1932, les éditions et la revue commencent
à diverger sensiblement. Après une brève période
au cours de laquelle il assure à la fois la rédaction en
chef d’Europe et la direction des « Prosateurs Français
Contemporains » (octobre 1928-mai 1929), Jean Guéhenno obtient
de s’occuper exclusivement de la revue. Dans ses lettres à
Romain Rolland, il se plaint souvent des choix éditoriaux de Rieder,
du peu de talent de ses animateurs (que Pierre Marcel, plus gestionnaire
que directeur, dirige à cette époque), des combines qu’il
devine en dessous des apparences ; Rolland partage, le plus souvent, sa
diffidence.
Il ne sera pas question, ici, d’évaluer dans le détail
les points de convergence et de divergence entre la revue et la maison,
au points de vue intellectuel, politique, esthétique, etc. : la
question est très vaste, très complexe, et d’autant
plus délicate que des changements importants – tantôt
nets, tantôt moins clairement percevables – interviennent
au cours de la période étudiée. Je voudrais tout
simplement donner quelques exemples du « dialogue », du jeu
d’échanges qui se crée entre les collaborateurs la
revue d’un côté et les « auteurs maison »
de l’autre. Pour ce faire, j’ai choisi de me concentrer sur
les « Prosateurs Français Contemporains », c’est-à-dire
sur les 74 narrateurs français ou francophones qui ont nourri le
catalogue de la collection que Jean-Richard Bloch, puis Marcel Martinet
et Pierre Marcel ont dirigée chez Rieder : je me propose de rendre
compte (quantitativement et qualitativement) de leur présence aux
sommaires d’Europe, et d’évaluer l’importance
de la revue vis-à-vis de leurs œuvres et de leurs carrières
littéraires.
Les « prosateurs français » aux sommaires d’Europe
Dès les premières parutions d’Europe, la présence
à la fois des dirigeants et des auteurs de la maison Rieder est
très consistante. Les sommaires des premiers numéros du
périodique affichent les noms de Romain Rolland, Léon Werth,
Charles Vildrac, Georges Duhamel, Luc Durtain et René Arcos (collègues
et « conseillers » de Bloch) ; André Baillon, François
Bonjean et Joseph Jolinon (« Prosateurs Français Contemporains
») ; Félix Timmermans et Knut Hamsun (« Prosateurs
Étrangers Modernes »).
Parmi les 74 auteurs qui nourrissent le catalogue des PFC, 35 (les 47,3%)
publient au moins une fois un texte dans Europe ; mais, si on exclut de
cet ensemble ceux qui ne donnent à Bloch qu’un seul ouvrage,
le pourcentage s’élève au 57,8% (22/38). Les «
prosateurs » qui n’ont jamais écrit pour Europe peuvent
être répartis en quatre catégories : ceux qui n’ont
publié qu’un seul roman chez Rieder ; ceux qui en ont publié
deux, mais sur une période peu étendue (deux ou trois ans)
; ceux qui y ont publié uniquement avant 1923, et donc avant le
lancement de la revue ; enfin ceux qui sont déjà défunts
lors de la publication de leur livre dans les PFC. Citons dans la première
catégorie Gaston Baudoin, Benoît Bouché, Lucien Bourgeois,
Bakary Diallo, Neel Doff, Lucienne Ercole, Marcelle Gaston-Martin, Maximilien
Gauthier, Henri Hisquin, F. Jean-Monique, Pierre Lejeune, Paul Myrriam,
Maxime Nemo, Fernand Lequenne ; dans la deuxième, Maurice Courtois-Suffit,
Ekaterina Darskaïa, René Guillot, Louis Lecoq ; dans la troisième,
Georges Périn (deux romans au total) et Adolphe Tabarant (un seul)
; enfin, dans la dernière, Auguste Brepson, Eugène Le Roy,
Émile Masson et Legrand-Chabrier. Les exceptions à ces quatre
catégories sont extrêmement rares : elles se limitent aux
cas d’Emmanuel Buenzod, Georges David, Guillaume Gaulène,
Georges Grimaux, Pierre Hubermont, Marie Le Franc. En ce qui concerne
Georges Grimaux et Pierre Hubermont, notons qu’ils ont publié
dans les PFC respectivement en 1937-1939 et en 1934-1938, c’est-à-dire
à une époque où les liens entre la revue et la maison
d’édition étaient plus que jamais faibles. Tout ceci
permet de conclure que la marginalité dans Europe correspond en
gros à une même marginalité chez Rieder, le dialogue
entre la revue et la maison d’édition constituant, pour le
reste, la norme.
La table complète suivante rend compte des interventions des «
prosateurs français » dans Europe, mises en relation à
la présences des mêmes auteurs dans le catalogue des PFC
:
| Auteur |
Chez
Rieder
|
Dans
Europe
|
| période |
romans
publiés |
période |
articles
ou créations ; comptes rendus et notes |
| André,
Francis |
1938 |
1 |
– |
| Arcos, René |
1921-1926 |
2 |
1923-1938
|
passim |
| Audisio, Gabriel |
1926 |
1 |
1925-1937 |
10 ;
8 |
| Baillon, André |
1921-1932 |
9 |
1923-1935 |
4 ;
6 |
| Baudouin, Louis-Charles |
1928 |
1 |
1923-1938 |
6 ;
1 |
| Baudoin, Gaston |
1930 |
1 |
– |
| Bazalgette,
Léon |
1924 |
1 |
1923-1929 |
4 ;
12 |
| Beaufils, Marcel |
1932 |
1 |
1930-1933 |
2 ;
3 |
| Bérence, Fred |
1923-1932 |
5 |
– |
| Bernier, Jean |
1924 |
1 |
– |
| Bonjean, François |
1922-1929 |
4 |
1923-1930 |
8 ;
6 |
| Bouché,
Benoît |
1933 |
1 |
– |
| Bourgeois, Lucien |
1925 |
1 |
– |
| Brepson, Auguste |
1928 |
1 |
– |
| Buenzod, Emmanuel |
1928-1930 |
2 |
– |
| Burnet, Étienne |
1926 |
1 |
1926-1930 |
4 ;
6 |
| Burniaux, Constant |
1925-1939 |
5 |
1926-1930 |
1 ;
4 |
| Chérence |
1930 |
1 |
– |
| Chevallier,
Gabriel |
1930-1937 |
5 |
1936 |
4 ;
0 |
| Constantin-Weyer,
Maurice |
1924-1935 |
13 |
1926-1932 |
6 ;
0 |
| Courtois-Suffit,
Maurice |
1932-1933 |
2 |
– |
| D’Étiveaud,
Raymond |
1926 |
1 |
– |
| Darskaia, Ekaterina |
1932-1934 |
2 |
– |
| David, Georges |
1925-1934 |
6 |
– |
| Diallo, Bakary |
1926 |
1 |
– |
| Doff, Neel |
1929 |
1 |
– |
| Dubois La Chartre,
André |
1926 |
1 |
1926 |
0 ;
1 |
| Ercole, Lucienne |
1936 |
1 |
– |
|
| Fontaine, Denise |
1930-1933 |
2 |
1932-1933 |
2 ;
0 |
| Galzy, Jeanne |
1923-1931 |
7 |
1932 |
1 ;
0 |
| Gaston-Martin,
Marcelle |
1937 ? |
1 |
– |
| Gaulène,
Guillaume |
1925-1935 |
4 |
– |
| Gaulmier, Jean |
1931-1933 |
2 |
1935 |
1 ;
0 |
| Gauthier, Maximilien |
1933 |
1 |
– |
| Grimaux, Georges |
1937-1939 |
3 |
– |
| Guéguen,
Pierre |
1923-1925 |
2 |
1924-1938 |
8 ;
3 |
| Guillot, René |
1932-1934 |
2 |
– |
| Hellens, Franz |
1922 |
1 |
1937-1938 |
1 ;
1 |
| Hertz, Henri |
1921-1929 |
3 |
1923-1938 |
passim |
| Hisquin, Henri |
1929 |
1 |
– |
| Hubermont,
Pierre |
1934-1938 |
2 |
– |
| Istrati, Panaït |
1924-1936 |
2 |
1923-1935 |
18 ;
0 |
| Jean-Monique,
F. |
1922 |
1 |
– |
|
| Jolinon, Joseph |
1923-1933 |
11 |
1923-1933 |
17 ;
2 |
| Kahn, Gustave |
1925 |
1 |
1924 |
2 ;
0 |
| Le Franc,
Marie |
1927-1930 |
4 |
– |
| Lecoq, Louis |
1925-1928 |
2 |
– |
| Legrand-Chabrier |
1921-1922 |
2 |
– |
| Lejeune, Pierre |
1929 |
1 |
– |
| Lequenne, Fernand |
1931 |
1 |
– |
| Le Roy,
Eugène |
1921 |
1 |
– |
| Masson, Émile |
1921 |
1 |
– |
| Merlay, Michel |
1928-1929 |
2 |
– |
| Myrriam, Paul |
1925 |
1 |
– |
| Nabonne, Fernand |
1930-1932 |
2 |
– |
| Nemo, Maxime |
1930 |
1 |
– |
| Nicolle, Charles |
1927-1930 |
2 |
1925 |
1 ;
0 |
| Pallu, Jean |
1931-1936 |
6 |
1931-1933 |
2 ;
0 |
| Parijanine,
Maurice |
1927 |
1 |
1928-1929 |
2 ;
0 |
| Paz, Magdeleine |
1936 |
1 |
1937 |
1 ;
0 |
| Périn,
Georges |
1922-1923 |
2 |
– |
| Rémy,
Tristan |
1928 |
1 |
1935 |
0 ;
1 |
| Richard, Élie |
1927-1930 |
3 |
1930 |
0 ;
1 |
| Richefeu, Jean
|
1937 |
1 |
– |
| Sainte-Soline,
Claire |
1935-1940 |
6 |
1935 |
4 ;
0 |
| Secrétain,
Roger |
1936 |
1 |
1937-1938 |
1 ;
1 |
| Serge, Victor |
1930-1932 |
3 |
1934-1935 |
3 ;
0 |
| Soupault, Philippe |
1934 |
1 |
1926-1936 |
passim |
| Tabarant, Adolphe |
1922 |
1 |
– |
| Tousseul, Jean |
1927-1932 |
5 |
1926-1931 |
4 ;
4 |
| Venoise, Maurice |
1931-1938 |
2 |
– |
| Vivan, Madeleine |
1936-1937 |
2 |
1936 |
2 ;
0 |
| Vivier, Robert |
1931-1933 |
2 |
1924-1936 |
9 ;
3 |
| Werth, Léon
|
1925-1932 |
2 |
1923-1938 |
passim |
Une fois ces interventions recensées d’un
point de vue quantitatif, il convient de les évaluer qualitativement,
d’autant plus que les « jeux d’échange »
entre la revue et le catalogue de la maison sont multiples et multiformes.
Europe fait paraître à plusieurs reprises, en prépublication,
des (extraits de) récits que Rieder va publier sous peu dans la
collection des « Prosateurs Français Contemporains »
. La pratique est courante dès les premières parutions de
la revue : au cours de l’année 1923, Europe publie «
Journalisme » d’André Baillon (numéro de juin),
extrait du roman Par fil spécial, qui paraît chez Rieder
l’année suivante ; « Une renaissance égyptienne
» de François Bonjean (numéros de juin et juillet),
extrait de Mansour, premier volume de l’Histoire d’un enfant
du pays d’Égypte, que Rieder sort de presse en 1924 ; «
Premières armes » de Joseph Jolinon (numéro de juillet),
extrait du Valet de gloire, qui paraît dans les PFC en 1923 ; l’entièreté
du récit de Panaït Istrati Kyra, Kyralina (numéros
de août-septembre 1923), en librairie en 1924. La promotion des
romans de Panaït Istrati dans Europe reste constante au fil des années
: la revue publie encore, entre 1924 et 1933, des extraits de Oncle Anghel
(janvier 1924, en volume en 1924) ; des Haïdoucs (avril 1925, en
volume en 1925) ; du Pécheur d’éponges (juillet 1929,
en volume en 1930) ; du Bureau de placement (février-mai 1933,
en volume en 1936) . Joseph Jolinon, autre grand auteur-maison, profite
d’une attention pareille : outre son Valet de gloire, paraissent
en prépublication dans Europe des extraits du Joueur de balle (juin
1924, en volume en 1929) ; des Revenants dans la boutique (mai-octobre
1929, en volume en 1930) ; de L’Arbre sec (juillet 1933, en volume
en 1933). Citons encore, parmi les textes publiés partiellement
dans Europe, puis chez Rieder : La Bêtise de Constant Burniaux (en
librairie en 1925), dont un extrait paraît dans Europe en juillet
1924 ; Le Village gris de Jean Tousseul (Rieder 1927), dont l’extrait
« La venue » paraît dans le numéro de janvier
1927 ; des extraits de Cinq éclats de silex et de Morvan de Maurice
Constantin-Weyer (Rieder 1927 et 1929), qui paraissent en mai 1926 et
en janvier 1929 ; de bonnes pages de Rivages du néant de Denise
Fontaine (février 1933, Rieder 1933) ; et les exemples seraient
encore nombreux. Figurent entièrement dans Europe Mourle de Gustave
Kahn (juillet-août 1924 ; Rieder 1925) ; Vivre de Robert Vivier
(septembre-novembre 1925, première version de Folle qui s’ennuie,
Rieder 1933) ; D’une haleine de Claire Sainte-Soline (juillet-novembre
1935, Rieder 1935) ; Propre à rien de Gabriel Chevallier (décembre
1935-mars 1936, Rieder 1936) ; Une maison de Madeleine Vivan (avril-mai
1936, Rieder 1936).
Ce n’est pas seulement en pré-publiant les œuvres au
catalogue des PFC que la revue Europe promeut les « prosateurs français
» : elle affiche parfois à ses sommaires d’autres créations
des mêmes auteurs. Par exemple, le seul roman que Gabriel Audisio
publie dans les PFC (Trois hommes et un minaret, 1926), ne paraît
jamais dans Europe, et pourtant l’auteur y publie des poèmes
dès janvier 1925, puis par la suite des essais, etc., et ce jusqu’en
1937.
Ou encore, divers « auteurs-maison » signent dans Europe des
chroniques ou des comptes rendus . Ces textes critiques concernent parfois
les œuvres que d’autres « prosateurs » ont publié
soit chez Rieder (dans les PFC ou dans d’autres collections de la
même maison), soit ailleurs. Les exemples (et les croisements) sont
innombrables : Jean Tousseul signale Chalet I et Le Neveu de Mademoiselle
Autorité d’André Baillon (septembre 1926, janvier
1931) ; Constant Burniaux, Le Village gris de Jean Tousseul (juillet 1927,
plus d’autres œuvres du même auteur, parues chez d’autres
éditeurs). Élie Richard commente, dans un seul compte rendu,
P. C. de compagnie de Maurice Constantin-Weyer et Les Revenants dans la
boutique de Joseph Jolinon (septembre 1930). À son tour, Joseph
Jolinon signale en janvier 1931 La Peur de Gabriel Chevallier. En dehors
de la collection des « Prosateurs Français Contemporains
», mais restant chez Rieder, Pierre Guéguen commente les
romans de Knut Hamsun et de Boris Pilniak (« Prosateurs Étrangers
Modernes ») ; Maxime Gorki présente l’œuvre de
son compatriote Léonide Leonov (idem) ; François Bonjean,
les essais sur l’Inde de Mme Sylvain-Lévi (« Témoignages
») ; Gabriel Audisio, la monographie sur Baudelaire de Philippe
Soupault (« Maîtres des littératures »). Ce faisant,
la maison s’assure une double publicité : d’un côté,
elle annonce dans le périodique ses nouvelles parutions ; de l’autre,
elle donne à ses auteurs (aux nouvelles recrues surtout) l’occasion
de se faire connaître, et apprécier, ne serait-ce qu’en
tant que critiques.
Les écuries de la maison Rieder constituent un bon réservoir
d’auteurs pour Europe : la table I montre que, malgré la
pratique des prépublications dans les pages de la revue, c’est
le périodique qui a tendance à convoquer les « prosateurs
français » à ses sommaires, et non l’inverse
(ce n’est, toutefois, qu’une légère tendance).
En effet, parmi les 35 écrivains qui publient à la fois
dans la collection des PFC et dans Europe, 18 sont édités
par Rieder avant de parvenir à Europe (les 51,4%), 11 effectuent
le parcours inverse (les 31,4%), et 6 sont accueillis ici et là
au cours de la même année (les 17,1%). Ceci dit, ces mêmes
auteurs ont, par la suite, tendance à rester plus longtemps aux
sommaires d’Europe que dans le catalogue des PFC, ce qui s’explique
par la facilité relative de publier des textes, même courts,
dans un périodique mensuel doté de rubriques diverses. De
toute manière, encore une fois, la tendance n’est pas très
nette. En ce qui concerne le rapport entre la permanence dans les PFC
et dans Europe, notons que 15 auteurs sur 35 (les 42,85%) écrivent
pour une plus longue période pour Europe que pour Rieder ; l’inverse
est vrai pour 12 auteurs (les 34,3%), alors que pour 8 autres (les 22,85%),
la période de fidélité à la maison coïncide
exactement avec la période de fidélité à la
revue. Par contre, en ce qui concerne la durée de cette permanence,
Europe retient plus longtemps ses collaborateurs : la permanence moyenne
au catalogue des PFC est de 3,7 ans (6,3 si l’on exclut les auteurs
d’un seul roman) ; la permanence de ces mêmes auteurs dans
Europe est de 6,2 ans (8,7 si l’on exclut les collaborations d’une
seule année).
La promotion des « PFC »
dans Europe
Entre 1923 et 1935, divers romans de la collection des
« Prosateurs Français Contemporains » sont signalés
dans la section des comptes rendus d’Europe :
| numéro |
ouvrage |
auteur |
recenseur |
| 1923 |
| Juillet
1923 |
1.
Marées de printemps |
Pierre
Guéguen |
René
Arcos* |
| 1924 |
| Février
1924 |
2.
Les Allongés |
Jeanne
Galzy |
Georges
Duhamel |
| 1925 |
| Septembre
1925 |
3.
Arc-en-ciel sur la Domnonée |
Pierre
Guéguen |
René
Maublanc |
| 1926 |
| Mai
1926 |
4.
Le Meunier contre la ville |
Joseph
Jolinon |
Robert
Chérade |
| Juin
1926 |
5.
Autrui |
René
Arcos |
Luc
Durtain |
| Septembre
1926 |
6.
Chalet I |
André
Baillon |
Jean
Tousseul* |
| 1927 |
| Février
1927 |
7.
L’Ascension |
Lucien
Bourgeois |
Louis
Guilloux |
| Mai
1927 |
8.
Histoire d’un enfant du pays d’Égypte |
François
Bonjean et Ahmed Deif |
Rose
Celli |
| Juillet
1927 |
9.
Le Village gris |
Jean
Tousseul |
Constant
Burniaux* |
| 1928 |
| Octobre
1928 |
10.
Leur jeunesse |
Michel
Merlay |
Jacques
Robertfrance |
| 1929 |
| Janvier
1929 |
11.
Un homme se penche sur son passé |
Maurice
Constantin-Weyer |
Georges
Dupeyron |
| Juin
1929 |
12.
Marceau-la-Rose |
Élie
Richard |
Francis
Ambrière |
| 1930 |
| Avril
1930 |
12.
La Parade |
Georges
David |
Marcel
Martinet |
| Septembre
1930 |
13.
P.C. de Compagnie
Les Revenants |
Maurice
Constantin-Weyer
Joseph Jolinon |
Élie
Richard* |
| Novembre
1930 |
14.
Enlèvement sans amant |
Henri
Hertz |
André
Spire |
| 1931 |
| Janvier
1931 |
15.
Le Neveu de Mademoiselle Autorité |
André
Baillon |
Jean
Tousseul* |
| Mars
1931 |
16.
Geneviève Savigné |
Denise
Fontaine |
E.[ugène] D.[abit] |
| Avril
1931 |
17.
Les Hommes dans la prison |
Victor
Serge |
B. Giauffret |
| Mai
1931 |
18.
La Goutte d’or |
Fernand
Nabonne |
E.[ugène] D.[abit] |
| 1932 |
| Janvier
1932 |
19.
Naissance de notre force |
Victor
Serge |
Marcel
Martinet |
| Février
1932 |
20.
Usine |
Jean
Pallu |
Louis
Guilloux |
| Février
1932 |
21.
Rempart des dames |
Maurice
Venoise |
Jean
Cassou |
| 1933 |
| Avril
1933 |
22.
La Maison Thuringer |
Panaït
Istrati |
Eugène
Dabit |
| Juin
1933 |
23.
Rivages du néant |
Denise
Fontaine |
Jeanne
Alexandre |
| Novembre
1933 |
24.
L’Arbre sec |
Joseph
Jolinon |
Georges
Dupeyron |
| 1934 |
| Janvier
1934 |
25.
La Maison Thuringer |
Panaït
Istrati |
Georges
Dupeyron |
| Octobre
1934 |
26.
Marie des pauvres |
Pierre
Hubermont |
Eugène
Dabit |
| 1935 |
| Avril
1935 |
27.
Journée |
Claire
Sainte-Soline |
Armand
Robin |
| Novembre
1935 |
28.
Le Bât d’argent |
Joseph
Jolinon |
Georges
Dupeyron |
Ces comptes rendus sont moins nombreux que l’on
ne pourrait imaginer : une trentaine à peine. Une recherche effectuée
dans les sections des comptes rendus de la Nouvelle Revue Française
et du Mercure de France m’a permis de découvrir que ces deux
autres revues, mois liées qu’Europe aux éditions Rieder,
en signalent beaucoup plus, même sans considérer la période
1921-1923. La table suivante rend compte des œuvres au catalogue
des PFC que la NRF et le Mercure signalent, à travers des comptes
rendus ou des notes, entre 1921 et 1939 :
| Nouvelle
Revue Française |
| année |
ouvrage |
auteur |
recenseur |
| 1921 |
1.
Histoire d’une Marie |
André
Baillon |
Benjamin
Crémieux |
| 2.
Mademoiselle de la Ralphie |
Eugène
Le Roy |
Jacques
de Lacretelle |
| 3.
Sorties |
Henri
Hertz |
Benjamin
Crémieux |
| 1922 |
4.
L’Enlisement |
F. Jean-Monique |
Benjamin
Crémieux |
| 5.
Bass-Bassina-Boulou |
Franz
Hellens |
René-Marie
Hermant |
| 1924 |
6.
Les Allongés |
Jeanne
Galzy |
Emma
Cabire |
| 7.
Par fil spécial |
André
Baillon |
Paul
Fierens |
| 8.
Tête de mêlée |
Jean
Bernier |
Ramon
Fernandez |
| 1925 |
9.
Oncle Anghel |
Panaït
Istrati |
Joseph
Kessel |
| 10.
Manitoba |
Maurice
Constantin-Weyer |
Benjamin
Crémieux |
| 11.
Mansour |
François
Bonjean et Ahmed Deif |
Armand
Pierhal |
| 12.
Arc-en-ciel sur la Domnonée |
Pierre
Guéguen |
Pierre
Bost |
| 13.
Un homme si simple |
André
Baillon |
Pierre
Sichel |
| 1926 |
14.
Les Heures de Corfou |
André
Dubois La Chartre |
André
Maurois |
| 15.
L’Ascension |
Lucien
Bourgeois |
Jean
Guéhenno |
| 1927 |
16.
Le Perce-oreille du Luxembourg |
André
Baillon |
Benjamin
Crémieux |
| 17.
Grand-Louis l’innocent |
Marie
Le Franc |
H. Daniel-Rops |
| 1929 |
18.
Un gosse |
Auguste
Brepson |
Marcel
Arland |
| 19.
Le Joueur de balle |
Joseph
Jolinon |
Benjamin
Crémieux |
| 20.
La vie est quotidienne |
André
Baillon |
Marcel
Arland |
| 21.
Un homme se penche sur son passé |
Maurice
Constantin-Weyer |
Jean
Prévost |
| 22.
Morvan |
Maurice
Constantin-Weyer |
Jean
Guérin |
| 1930 |
23.
Le Pécheur d’éponges |
Panaït
Istrati |
Marcel
Arland |
| 24.
Le Regard baissé |
Emmanuel
Buenzod |
Jean
Prévost |
| 1931 |
25.
Geneviève Savigné |
Denise
Fontaine |
Marcel
Arland |
| 1932 |
26.
La Carne |
Georges
David |
Denis
Saurat |
| 27.
Cour d’assises |
Léon
Werth |
Denis
Saurat |
| 1933 |
28.
Le Mémorial secret |
Guillaume
Gaulène |
Marcel
Arland |
| 29.
La Tourmente |
Fred
Bérence |
Jean
Guérin |
| 30.
Folle qui s’ennuie |
Robert
Vivier |
Jean
Guérin |
| 31.
L’Aristocrate |
Georges
David |
Jean
Guérin |
| 32.
Clarisse Vernon |
Gabriel
Chevallier |
Jean
Guérin |
| 1934 |
33.
Ici reposent des enfants |
Fernand
Lequenne |
M. A. Méraville |
| 34.
Clochemerle |
Gabriel
Chevallier |
Jean
Guérin |
| 35.
Journée |
Claire
Sainte-Soline |
Marcel
Arland |
| 1935 |
36.
D’une haleine |
Claire
Sainte-Soline |
Marcel
Arland |
| 1936 |
37.
Méditerranée |
Panaït
Istrati |
Henri
Calet |
| 1938 |
38.
Le Haut de seuil |
Claire
Sainte-Soline |
Marcel
Arland |
| Mercure
de France |
| année |
ouvrage |
auteur |
| |